les carnets de violette

09 octobre 2014

Libé voyages en Albanie

Mieux vaut tard que jamais... La série d'articles sur le voyage albanais est reprise chez Libé !

 

> 1er épisode

> 2e épisode

 

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Affaire à suivre...

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29 septembre 2014

Terres d'ailleurs

Cet automne, je suis invitée par le festival terres d'Ailleurs de Toulouse. J'y animerai un atelier le dimanche 23 novembre... Toutes les infos chez l'asso Délires d'Encres !

 

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Belle rentrée à vous !

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23 août 2014

Ou l'on parle de côtés

Côté perso, c'est un été varié et plein de réflexions, de coups de mou mais aussi de coups de fouet, et surtout de kilomètres... Entre Tarn, Hérault, Ariège, Deux-Sèvres, Hautes-Alpes et Ardèche, j'avale du bitume. Je passe des chemins de terre aux départementales, de potagers bio où je prête main forte aux postes à souder que j'apprends à manier, des aires d'autoroute aux pérégrinations sac au dos, de selles de vélos prêtés aux chouettes festivals que j'investis comme bénévole, des maisons familiales dont je tronçonne les vieux arbres aux passages express chez moi, le temps de faire une machine et de trouver un covoiturage pour le lendemain... Ca bouillonnne fort, dedans comme dehors !

Côté pro, vous pouvez ce moi-ci me retrouver dans Géo Ado où j'investis la rubrique "Carnets et sac à dos" !

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Côté découverte, je vous invite chaleureusement à suivre les aventures de la Chancada, un projet monté par ma chère Caro : un voyage original et collectif de Bayonne à Bordeaux en échasses, au coeur de la culture occitane...

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Belle fin d'été et à bientôt !

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09 juillet 2014

Répertoire des carnettistes

Allez hop, un petit devoir de vacances, je suis désormais présente dans le Répertoire des carnettistes mis en place par les Rendez vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand. Vous pouvez y retrouver nombre de mes collègues, de quoi farfouiller quelques heures et se remplir la tête...

 

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06 juillet 2014

Carnets cyclistes

Malgré pluie, vent et coups de pédales, j'ai réussi à dessiner et écrire une centaine de pages pendant le voyage. Voici quelques extraits !

 

carnets couv

depart

casa cuma

carte italie

jour de pluie

trulli

its raining aain

velos

cote de la muerte

stand de rue

pano valbone

zoom pano valbone

its raning again again

pano vlore

zoom pano vlore

 

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18 juin 2014

Africa Trip

En fouillant dans mes archives photo pour préparer le festival Terres d'Ailleurs qui m'invite cette année, je suis retombée sur les images de mon tout premier voyage à vélo... C'était le moment ou jamais de les ressortir !

C'était il y a 6 ans (déjà-seulement) : un voyage de 10 jours, improvisé par un coup du sort sur 2 vélos bricolés avec des porte-bagages qu'on avait faits souder chez le ferronier du coin, avec des cadres trop petits pour nous, chargés comme des mulets avec des sacoches cousues avec de la ficelle dans des sacs de riz, 8l d'eau dans des bidons d'huile moteur nettoyés à la lessive et au sable, quelque part dans les pistes du Nord-Ouest du Mali, entre Bamako et Kita... J'avais à l'époque créé un blog que je n'ai jamais vraiment fini, Carnets d'Afriques (Certain-e-s fidèles connaissent, isn't it Jess ?).

Une sacrée, mais alors vraiment sacrée aventure que cette initiation africaine...

 

velos

Nos valeureuses montures...

la couuuuupe

Ouais, j'avais une sacrée touch à l'époque : la crête tressée puis détressée me donnait un bon air de Madame la toubabou 10 000 volts :)

depart

8h du mat, il faisait déjà un bon 35°C... Pas de problème de pluie sur ce voyage-là, plutôt l'inverse !

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Ma très chère Santa Graziella, gri-gri de cycliste, était déjà là (on remarquera la propreté du T shirt).

baobab

Mister Baobab : un grand monsieur...

kita

" Par là ? - Ben chais pas, y'a pas de route.... - Ouais mais là on va se lyophiliser, faut viiiite trouver de l'ombre ! - De l'OMBRE ? Tu vois un arbre dans le coin, toi ? " Quand je vous disais qu'on a pas eu de problème d'humidité pendant ce voyage :)

Bref, quand j'y repense, l'Albanie à côté, c'était presque fastoche - presque...

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05 juin 2014

Ciemmona 2014

... de retour depuis 2 jours à Toulouse, après une mémorable Masse Critique : la Ciemmona de Rome !!! Jusqu'à 10.000 cyclistes (selon la presse italienne) qui envahissent la ville durant 3 jours, c'était à ne pas manquer après 2 mois en duo à vélo...

 

critical mass italia

colosseo

Porter de vélos devant le Colisée avec nos nouveaux copains parisiens

vaticano

La place Saint Pierre de Rome, porte d'entrée du Vatican, envahie de cyclistes revendicatifs qui squattent sous le balcon du pape !

noi siamo il traffico

"Nous sommes le trafic", slogan international de la Masse Critique, que j'ai adapté à la sauce italienne pour mon super drapeau (photo : Pauline)

 

pimp my bike

"Pimp my bike" : un cercueil "Monster High" à l'avant, récupéré dans les bennes romaines, en guise de boite à outils, la sacoche custom et le drapeau, mon vélo était le plus beau :)

 

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Dimanche, les bici en folie que plus rien n'arrête envahissent l'autoroute Roma-Ostia pour aller à la plage : 35 km de bonheur !

nico

Nicolaï : raton laveur ou vengeur masqué ?

don quisciotte

Ambiance bricoleuse à la Ciclofficina Don Quisciotte

natou

Ma chère Nat sur son tall bike déguisé en paon

totocar

Et retour à Toulouse avec le Totocar : 45 personnes, autant de vélos sur le toit et 24h de bus !

 

D'autres images :

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> une vidéo récap' des 3 jours

> et une vidéo un peu kitsch dans les choix musicaux, mais qui vous fait faire un joli tour de Rome avec la Ciemmona !

... A bientôt et rappellez vous : usa la bici* !!

* utilisez le vélo

 

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16 mai 2014

Balkan, balkan !

Escale montenegrine. Pekara, kroasan krem et pasteta sir, les mots me reviennent en vrac, dobar dan, hvala puno, voda, put na Albania ? Petites Yugo petaradantes, vieux camions Tam au logo etoile, enseignes en alphabet latin et cyrillique, blocs d'immeubles a la sovietique decrepits, serveur a marcel sous sa chemise, mal reveille et au visage slave, centre commercial monumental -et ferme- a l'architecture des annees 70, peinture ecaillee jaune pisseux et maronnasse, armatures de beton courbe, accents sur le z, kafe turke, chiens galeux et chats peles dans les bennes a ordures metalliques, femmes blondes fatiguees, vaches aux yeux doux le long du rail de securite, decharges sauvages, anes sur la route, goudron approximatif, maisons vertes, bleues, rose fuschia, jardins impeccables et rosiers pimpants, moutons laineux et crottes conduits par un vieux a beret, vieilles a fichu blanc, toits terrasses avec leurs fers a beton rouilles qui depassent, peluches accrochees sur le fronton des batiments en construction, minimarket, ateliers de soudure qui debordent sur la rue, cerisiers en fleurs, toits de tuiles plates a 4 pans, grosses mercedes immatriculees en Albanie, mosquees, petits cimetieres sans cloture aux tombes orientees vers la Mecque ou paissent des moutons tranquilles, fontaines glougloutantes aux carrefours. On est de retour dans les Balkans, et c'est le bonheur !

Frontiere albanaise. Le douanier ne nous jette meme pas un oeil, on double la longue file de voitures et nous voila de l'autre cote... La pluie tombre dru pour notre arrivee mais on ne perd pas une miette de nos premiers pas en Shqipëria. Jeunes au look italien soigne mais en bottes de caoutchouc masses sous les avancees des petits magasins, dame en amazone derriere un homme qui conduit un velo sous son parapluie, faucheurs qui rentrent se mettre a l'abri, pepe en costard, droit comme un i sur sa mob et lui aussi sous son parapluie, champs, douces collines bleues et villages ruraux aux petites maisons de pierre, bas cote boueux, peupliers et cabanes de pecheurs le long de la riviere. On chante sous la pluie, on s'en fout, on est en Albanie !

Shköder. Larges avenues sovietiques tracees au cordeau, marche qui occupe tout un pate de maison et ou on peut acheter du tabac en vrac dispose en petites mottes devant les vendeurs assis sur un tabouret bancal, des sangsues dans des bouteilles en plastique, des poules, du lait dans des bouteilles de soda, des oeufs du matin, des plants de tomates ou de poivron, des poissons vivants, des legumes poses sur un bout de carton vendus par une mamie a fichu blanc et bottes terreuses, des lunettes Gucci ou Dior pour 300 lek ( 1 euro = 140 lek), ou on se fait offrir du raki maison (dans lequel flotte on ne sait quoi) et un peigne en plastique bleu par un pepe edente et souriant, ou on mange des byrek au yaourt pour 30 lek dans un resto desert, ou on nous passe "Voyage voyage" a plein volume dans une gargote enfumee. Mosquee et cathedrale sont voisines, les jeunes filles sont en minijupe et talons hauts mais les terrasses bondees des cafes sont occupees par des hommes en exclusivite, buveurs de cafe oisifs et desoeuvres. Le taux de chomage flirte avec les 18%, le salaire moyen est de 230 € par mois et le cafe coute 80 lek (30 centimes). Autant dire qu'un cafe, ca se fait durer. Les femmes ne font que passer dans l'espace public mais n'y prennent pas place, elles ne l'occupent pas. Aussi occidentalisee qu'ait l'air cette jeunesse, elle n'en reste pas moins impregnee des traditions d'un pays ou l'age moyen du mariage est de 23 ans pour les femmes (27 pour les hommes). Impossible d'expliquer que nous vivons a 500 km l'un de l'autre et que nous ne sommes pas maries, quand le simple fait que je sois plus agee que Nicolai, meme d'un an, suscite des reactions incredules. Il ressort de ce constat que je lui suis en quelque sorte superieure, une situation que je ne manque pas de rappeller quand le besoin s'en fait sentir !

Depart pour le nord. Des qu'on quitte la ville, on penetre un autre univers. Les mamies portent longs pantalons bouffants blancs, petites tresses encadrant leur visage, fichu blanc et tablier noir, des tortues traversent la route, la circulation est rare et se resume quasiment aux celebres minibus Mercedes bien connu dans tous les Balkans et en Turquie. Les gamins et les ados nous hurlent du helloooooo, je me fais siffler aux grilles des lycees campagnards et des exclamations retentissent lorsque par aventure je reponds au salut d'un groupe d'ados d'un coup de sonnette. Ambiance surrannee, komplex turistik en toc au milieu de plaines qu'on dirait kirghizes, avec faux rochers et canal artificiel pour canoter en bonne compagnie, barrages sovietiques et installations industrielles a l'abandon, petite vieille qui garde ses trois chevres sous un parapluie fleuri au bord de la route, voie ferree laisse aux herbes folles, petits magasins d'une piece, marcheurs solitaires et bucoliques au bord de la route, cantonniers bouchant les trous de la route a la pelle, laboureurs a cheval, vaches qu'on repere a leur cloche, immenses cafes carreles et deserts dans des bourgades-carrefour a l'unique rond point autour duquel ne tournent que des minibus, clips musicaux de pop internationale sur ecran plat dans les bar kafe, fleurs en tissu, innombrables steles le long de la route : "aksidenti ne makina", berber, gomisteri, lavazh special, plakka italiane, hapur, shumë mirë, discussions incomprehensibles ou on finit par se parler mutuellement en francais et en albanais, sans rien comprendre, mais pour se parler quand meme. Furre y bukë, bar kafe, piceri, rruga, mirëdita, falemnderit, mirupafshim, shipëria, po, yo : l'albanais est une langue indo europeenne qui concourt seule dans sa categorie : le serbo croate n'est d'aucune aide, pas plus que l'anglais et c'est finalement l'italien appris le mois precedent qui nous vient le plus en aide. La communication est difficile mais le merveilleux caractere des albanais adoucit notre condition d'analphabetes muets. Le temps est radieux et nous aussi.

Region frontaliere avec le Kosovo et le Montenegro : montagnes enneigees, lacs artificiels, barrages, bunkers, routes en lacets et cotes a 10%. On croise 10 vehicules par jour, la route serpente, monte et descend dans les montagnes sans jamais traverser d'agglomeration. Pourtant il y a de la vie, rurale, isolee : des fermes sont accrochees partout dans les vallees, accessibles par piste ou sentier seulement. La terre est cultivee et labouree a la main ou avec des chevaux, pas un seul engin agricole en vue dans ces parcelles en pente raide impeccablement tenues. On bivouaque dans des paysages somptueux et deserts, echarpes de brume sur les sommets Kosovars, siestes sur des paturages d'herbe a mouton, on roule en princes de la chaussee sur des kilometres et des kilometres sans voir personne. Peu de maisons abandonnees, le soir la fumee sort des cheminees et les lumieres s'allument, disseminees ca et la. La carte fourmille de maisons et de hameaux auxquels aucune route ne mene pourtant. Depuis le ferry qui traverse le lac Koman, seule liaison directe entre Koman et Fierze, on apercoit des maisons accrochees aux parois abruptes : du linge colore seche sur une cloture, un potager, un troupeau de chevres, un gamin qui cavale derriere une vache dans la rocaille, une mauvaise barque en ferraille soudee a la main amarree 200 metres plus bas, et rien d'autre. La solitude totale. Vaches, moutons ou chevres en liberte au milieu de la route, ramenees le soir par des mamies a fichu ou des gamins en bottes, jeunes qui labourent houe a la main et portable a l'oreille, troupeaux de moutons dans l'enceinte d'une enorme centrale hydro-electrique, gosses surgissant de nulle part et au milieu de nulle part un bouquet de fleurs sechees a la main, "cay, cay" (the), hommes en train de casser des pierres au bord de la route sous un abri de fortune forme par 4 batons et une bache qui claque au vent, ruches bleues et jaunes bien alignees au dessus de maisons aux murs de pierre et aux fenetres entourees de chaux blanche, bergeres enveloppees dans une bache en plastique, cairn de pierre signalant le bord de la route qui donne sur des precipices dont aucun parapet ne protege. Mais la pluie qui nous avait laisses tranquilles quelques jours repasse a l'attaque, mettant les freins hors service, les descentes redoutables et les bivouacs moins romantiques. On se lave avec 50 cl d'eau au gant de toilette sous la tente, chacun son tour, on dort poisseux et mal, faire et defaire les sacs devient une logistique kafkaienne, on cuisine approximativement, on a les pieds trempes, impossible de faire secher quoi que ce soit.

Les rarissimes bourgs se font lugubres sous le crachin : HLM sovietiques totalement delabres mais qui continuent a etre habites en partie, unique "bar kafe" eclaire par une seule ampoule jaunatre, murs peint en bleus autour d'une seule fenetre, le reste etant en brique fondue ou en beton grisatre, balcons construits, deconstruits et reconstruits par les habitants, anarchie architecturale, linge use et plantes vertes colonisant les murs lepreux. Des gardes en uniforme violet, kalachnikov aux pieds, montent la garde devant des entrepots en ruine perdus dans la montagne en buvant du Red Bull. On en croise d'autres, tous seuls dans de minuscules guerites isolees sur les routes defoncees qui menent aux barrages. Tunnel taille dans la roche brute et suintant d'humidite, ou le faible eclairage jaunasse, une ampoule crasseuse ca et la, s'arrete soudain cent metres avant la sortie en nous laissant dans un noir total, angoissant et opressant. Routes semees d'eboulis ou creusees de trous remplis d'eau brune, piste qui fait soudain place au goudron et goudron qui fait soudain place a la piste, creusee dans le lit d'une riviere, montagnes dans les nuages, brume, crachin, pluie, orage, hurlements de loups dans la nuit. Bergers et paysans revenus au pays apres des annees passees loin de chez eux : deux tiers des ressortissants albanais vivaient a l'etranger en 2006, mais beaucoup rentrent depuis le debut de la crise qui les a contraints a quitter leurs principaux pays d'accueil, la Grece et l'Italie, meme si ici non plus "non c'e lavoro". On boit un cafe dans un minuscule bar, le seul sur 40 kilometres, tenu par un homme revenu de Grece ou il a vecu plus de 20 ans, en compagnie d'un autre qui travaillait en Italie et dont le regard beau mais triste appuie ses mots. "Non c'e lavoro". Il n'y a pas de travail. Le solde migratoire du pays reste negatif : l'Albanie est un des pays les plus pauvres d' Europe. L'agriculture vivriere semble persister de fait : comment faire autrement, sinon ? Exode citadin contemporain, misere rurale relle. Le cafe tombe a 40 lek, mais de toutes facons il n'y a presque pas de bar kafe par ici.

Fushe Arrez. Nous arrivons transis de froid et de fatigue apres deux jours de routes de montagne, un col a 1220 m et 10 km de descente sous la pluie et le vent glacial qui nous laissent les mains congelees et les joues rouges de froid. Pour tout reconfort, nous ne trouvons que ce morne village ouvrier a la Fabrika noire de charbon, aux sempiternels blocs d' immeubles sovietiques sans ame, dans lequel une cafetiere froide et muette, aux joues bouffies et aux cheveux aubergine filasse, nous prepare un cafe turc et un seul, sur un Butagaz local malgre l'enorme machine a cafe qui trone sur le comptoir. Impossible d'en avoir un deuxieme, pour une raison qu'on ne daigne pas nous expliquer. Deux vieux jouent silencieusement aux echecs a une table dans le fond. On ne voit que des hommes dehors, comme toujours. Un gamin traverse la route, le haut du corps dissimule sous une grand poubelle en plastique. La seule activite en cette fin d'apres midi plombee est celle des rares minibus qui passent et laissent monter ou descendre quelques passagers a parapluie noir, hommes en costume sombre et chaussures vernies. Les petits magasins vendent tous la meme chose, les eternels shampooings Dop, des bocaux de cornichons russes et des paquets de pates insipides, quelques legumes fatigues et des barres chocolatees au gout de graisse froide. Deux adolescentes maquillees et habillees comme dans les annes 80 tiennent compagnie a leur mere dans un de ces magasins, une bicoque en bois tout de guingois : l'une est scotchee a son telephone et l'autre ne sait dire que "sorry, sorry". Je n'achete que 20 lek d'oignons que nous ne pourrons meme pas cuisiner avant plusieurs jours. Le village entier semble nous regarder d'un oeil torve et mefiant, l'etonnement que nous rencontrons partout nous semble aujourd'hui cynique et mesquin, la fatigue nous rend fragiles. La route qui sort du village est completement defoncee et longe des usines en ruines. Une mamie a parapluie rose me rend distraitement mon salut. On campe sous la pluie une fois de plus, le bois alentour est detrempe, impossible de faire un feu, un enorme orage nous reveille a 5h30 du matin, la tente prend l'eau pour la enieme fois malgre les innombrables reparations de Nicolai (Jamet, on te hait), on est glaces et nos duvets sont humides. On a rien a manger ce matin, le pain a pris la consistance d'une eponge et on se contente d'un the tiede pour economiser la cartouche de gaz qui tire a sa fin. Notre moral en acier trempe prend l'eau. 

Nous traversons ce monde a toute petite vitesse, progressant peniblement a 10 km/h en moyenne dans ces reliefs si accidentes sur nos velos trop charges : l' isolement, la puissance et la splendeur des paysages, la moindre rencontre, les conditions climatiques nous touchent de plein fouet. On passe du merveilleux au cauchemar en un nuage de pluie, surtout si celui-ci s'acharne a vous poursuivre... Epuises, frigorifies, aveugles par l'eau qui nous fouette le visage, nous pedalons desesperement en quete d'un petit dejeuner. Dans les cotes, sous la pluie, le vent et la grele, les ornieres, les nids de poule, les flaques : une heure et demie pour faire 9 kilometres, on en peut plus, on pousse les velos a la moindre montee. Arrives a Puke, nous jetons l'eponge. Assis dans un petit bar kafe froid et bleu de fumee, cernes de regards curieux, mais qui compare a dehors nous semble un havre, devant deux petits cafes dans des gobelets en plastique, nous faisons un constat simple : aucun de nous n'a l'energie de continuer dans ces conditions. Nous sommes generalement d'accord sur tout, mais la, il n'y a meme pas besoin de discuter : toujours trempes, nous prenons donc le bus pour rejoindre Lehze, puis Tirana a bord d'un antique 0 303 Mercedes aux sieges orange et pelucheux et aux rideaux de velours a franges. On s'arrete a la demande, meme sur l'autoroute alors qu'il n'y a aucun chemin visible pour en sortir. On longe pendant des kilometres et des kilometres des Mobilieri, magasins de meubles aux immenses baies vitrees derriere lesquelles s'etale ce qui se fait probablement de mieux pour de nouveaux maries, qu'ils soient musulmans, catholiques ou orthodoxes. Notre bus depasse un vieux Ciao tractant une betonniere, puis un petit vieux a chapeau installe dans une fausse cabine de camion soudee sur un plateau de charette a cheval, la tole bleue et blanche cabossee recouvrant le siege de bois sur lequel il est assis renes a la main. Le paysage file tellement vite ! La pluie bat si fort sur le pare-brise ! La route monte et descend tellement ! Dans notre etat, avec ces conditions climatiques et ce relief, le trajet que nous effectuons en quatre heures nous aurait pris trois jours.Le soulagement est intense.

Tirana. On nous laisse devant une grosse station-service en pleine ville avec velos et bagages, il pleut toujours et on part a la recherche d'un endroit sec pour la nuit. La circulation est intense, neons, petits etalages de primeur sous leur stores, gamins avec leur caddie de fortune qui fouillent les poubelles pour en extraire les dechets revendables ou recyclables, chiens mouilles, les passants trottent sous leurs parapluies, j' ai les pieds glaces dans mes tongs mais c'est ca ou mes chaussures de marche imbibees d'eau depuis des jours, j'en peux plus de ce putain de pantalon K way et de cette putain de pluie aussi, on se trompe de route, demi-tour, "Rruga Riza Cherova ?", fils electriques emmeles a l'asiatique, farmaci, "Ospitale Nene Tereza ?" , Ospitale Amerikani, fruta perime, mish, derri, byreke, klaxon, grosses mercedes aux vitres fumees, immeubles repeints en violet, appel a la priere, enseignes clignotantes, plus de circulation en une heure qu'en quinze jours, stress, la rupture est trop nette, la transition inexistante, je voulais entrer dans Tirana sur mon velo, j'y suis mais je me sens mal, le plan de Nico prend la flotte, on ne lit plus le nom de la rue, qu'est ce qu'on fout la, mais merde, ce mec, il m'a pas vue ou quoi, ca lui suffit pas des sacoches et une parka oranges pour m'eviter bordel, je me fais depasser par une peniche sur le Canal du Midi serigraphiee sur le flanc d'un bus Tisseo qui a deserte Toulouse pour Tirana. Je craque un peu, mais mon coequipier de choc a heureusement une bonne humeur inebranlable aujourd'hui. Je suis le mouvement, a la fois lasse et electrique... Arretez la musique !

A suivre...

 

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Mais non, tout n'est pas si noir : meme epuises, on rigole encore beaucoup ... :)

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15 mai 2014

De Napoli a Lehze, en passant par Bari, Shkoder et Valbone

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1 - Costiera Almafita, un bon rodage pour les mollets...

2 - Positano, costiera almafita, un faux air de Maghreb en Italie.

3 - Capri, c est finiiiiiii, et dire que c est la qu on a pris notre premiere pluiiiiiiie...

4 - Matera, ville biblique ou on a une fois de plus ete trempes.

5 - Dernieres heures italiennes, facon carte postale...

6 - Depart pour le ferry Bari-Bar, une nuit de traversee pour arriver enfin dans nos chers Balkans dans un ferry des annes 70 a l ambiance totalement anachronique...

7 - Frontiere Montenegro-Albanie, ca y est, on y est !

8 - Cherchez Nicolai dans l image, promis, il y est - ca vous donnera une idee de l echelle...

9 - Rencontre habituelle avec une vache sur la route qui mene au Kosovo. Entre ca, les chevres et les moutons, voire les tortues, on fait des rencontres interessantes.

10 - Valbone, les alpes albanaises - oui, certes, pour un premier voyage a velo, on aurait pu choisir une destination plus plate que l Albanie...

11 - Apercu de la meteo qui nous accompagne ces derniers temps... Dire qu on sort souvent les affaires de pluie serait un euphemisme, helas !

12 - Et enfin, apercu du genre de route qu on a prises ces 10 deniers jours - avec une belle collection de barrages sovietiques en bonus -. Bof, on a juste fait des journees avec des 4 a 5000 metres de denivele positif cumules et des cotes a 10%, trop facile !

12 - Bonus egocentrique, histoire qu il n y en ait pas que pour Nicolai et son velo, voici mon cher vieux Peugeot, surnomme Li Pigeot Lai lai, sur la route de Koman dans des paysages dignes de l Afghanistan - et, faut il le preciser, fort accidentes...

 

***

Depuis un mois et demi, on a mis nos velos dans des voitures, dans des bus, dans des camions, dans des bateaux, dans des ferrys, dans des trains et meme dans des metros. Le compteur flirte avec les 1000 km malgre tout et les aventures albanaises continuent, meme sous la pluie ! A suivre...

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05 mai 2014

E mia culpa, mia grandissima culpa

De loin, je ne vois que la lumiere vacillante d’immenses cierges emergeant de la foule, ainsi qu’une sorte de palanquin qui se meut par a coups de gauche a droite, puis de droite a gauche. La ruelle cernee d’immeubles etroits semble presque trop petite pour contenir tous les corps qui s’y pressent. Aux balcons, de grosse bougies rouges contenues dans des cylindres transparents clignotent dans l’obscurite qui tombe en meme temps que le froid de cette nuit d’avril. Au loin s’eleve une fumee dense, grise et seche, a l’odeur forte. Des torches brulent, fichees dans les murs de pierre. Des homes allument un immense bucher de rameaux d’oliviers sur la placette adjacente.

Un bruit metallique se rapproche, mecanique et glacant. La foule se fait et se defait autour de lui et je distingue peu a peu un homme vetu d’une longue robe noire, le visage masque par une haute capuche noire et pointue avec seulement deux trous pour les yeux. Il tient dans les mains une cassette en bois qu’il agite au rythme de ses pas lents, comme rythmes par la transe sonore du bruit des piecettes contenues dans la boite. Des mains surgissent de la foule, tendent une piece : il ouvre la glissiere de la caissette d’un geste bref puis la referme sitot la piece tombee dedans, sans un regard, et la lente melopee de l’obole continue. Chka-klang, chkla-klang… Chkla-klang, chkla-klang… Derriere lui viennent encore deux hommes masques qui fendent la foule; l’un porte une haute croix doree et l’autre un immense drapeau de velours replie sur lui-meme. Haut de plusieurs metres, il frole dangereusement les fils electriques et les balcons lors de son passage.

Une sourde melodie funebre me parvient faiblement. Elle est soudain dechiree par un appel lugubre et puissant, dissonant, dont la note finale semble etre l’annonce d’un char ramassant les victimes de la peste. Le son reprend, plus puissant encore, et la foule s’ecarte, me laissant seule face a une autre silhouette noire, sans capuche cette fois-ci. Un homme au regard brillant et vide souffle dans un petit cornet cabosse, aux ors passes depuis longtemps mais qui brillent des lueurs jetees par le feu naissant, en le serrant fort entre ses mains decharnees.  Un frisson me parcourt de la tete aux pieds lorsque pour la derniere fois avant de s’eloigner a grands enjambees dans la foule, il fait retentir ce qui semble etre un avertissement macabre.

Un groupe d’hommes encapuchonnes de noir et portant toujours cette longue robe noire suit de pres le sonneur. Accrochee a leur epaule, une grande broderie ovale represente le Christ sur la croix, encadre de deux silhouettes masquees en priere. Sans expression, silencieux, ils font s’ecarter la foule qui se tasse desormais de chaque cote de la ruelle. Apparaissent alors, entre ces murs de visages concentres, ceux de trois petites filles aux yeux clairs et cernes et au teint pale. Entierement vetues de noir, la tete voilee, leurs longues robes frolant le pave, elles avancent gravement en tenant la main de femmes au visage ferme qui les escortent. L’une d’entre elles porte un tres long voile seme d’etoiles dorees qui scintillent faiblement et tient a la main un petit bouquet de fleurs des champs qui semble etre la seule lueur de vie de ce cortege. D’autres petites filles, vetues en anges noirs, les entourent; elles ne doivent pas avoir plus de huit ans.

S’approche enfin le premier des Misteri, ces representations du chemin de croix du Christ, porte par deux vieux a la moustache epaisse et vetus, comme tous les hommes de la processione, de la longue robe noire. Ils titubent sous la charge de ce grand Jesus de platre, presque a taille humaine qui leve les yeux vers un ange. Le tout est pose sur une plate-forme supportee par de solides madriers de bois plein et dur poses sur les epaules des porteurs ; deux devant, deux derriere. L’ensemble, hisse sur leurs epaules, atteint bien les trois metres de haut : la gite est forte. Les yeux dans le vague, ils avancent mecaniquement en se balancant de gauche a droite, et en effectuant des series de pas lents et parfaitements synchronises vers l’avant puis vers l’arriere, rappellant la transe du porteur de caissette. La musique est plus proche desormais et on reconnait une fanfare : c’est leur musique, le A mio Padre repete en boucle, qui donne le rythme du cortege. C’est loin d’etre une fanfare a la Kusturica; l’ambiance oppressante et saturee de sacre ramene plutot a La Danza de la realidad de Jodorowsky. Le vent rabat sur le cortege la fumee du feu, qui brule desormais sur deux metres de haut. J’apercois derriere le premier Jesus tout le chemin de croix en huit Misteri tous plus terribles les uns que les autres. La processione avance de son pas lent et mecanique et fait defiler devant les spectateurs Jesus fouette, Jesus sous la croix, Jesus crucifie, Jesus au tombeau. Nous sommes isole des porteurs par un long cordon de velours noir, tenus tous les deux metres par des hommes et des adolescents cagoules, glacants et mutiques. Pas un bruit sinon celui de la fanfare qui s’approche peu a peu et le crepitement du feu qui illumine les visages hagards de fatigue des porteurs.

Une plainte aigre me fait soudain sursauter. Trois hommes viennent de s’arreter juste a cote de moi et se tiennent bien serres, en cercle, les bras passes dans le dos les uns autour des autres, les yeux clos. Le plus age commence a chanter; de sa bouche sort un son de bourdon dissonant qui me donne immediatement la chair de poule. Les deux autres se joignent a lui et entament le Miserere dans une polyphonie qui, si elle est parfait, n’en semble pas moins terriblement discordante. Les voix sont si proches, si reches, si dechirantes, que cela ne ressemble a rien de ce que j’ai déjà entendu dans ma vie. Leur supplique dechirante chantee visage ferme et bouche ouverte ne dure que quelques instants, après quoi ils se separent et semblent s’evanouir dans la foule, me laissant glacee par leurs voix comme venues d’un autre temps.

Les Misteri se succedent, toujours uniquement portes par des hommes, dans le silence revenu. Ils tanguent toujours, les Jesus oscillent et voguent dans un ensemble parfois deconstruit, parfois parfait. La foule se tait. Le feu ne faiblit pas et atteint desormais les plus hauts rameaux d’olivier. Les escarbilles fusent vers le ciel desormais bleu tres sombre et les premieres etoiles.  La fanfare est toute proche, mais je percois egalement par-dessus une voix humaine et un bourdonnement de choeur qui lui repond. Le cure de la ville vient derriere le palanquin, entoure de fideles, et lance tel un predicateur de l’apocalypse des prieres a pleine voix. Derriere lui, vient le seul Mistere feminine : trois madones vetues de noir, les mains en supplication couvertes de voiles de dentelle, les yeux larmoyants leves vers le ciel. Le cortege qui vient derriere elles est compose exclusivement de femmes de tous ages, vetues de noir, et qui reprennent les prieres du cure dans un bourdonnement pieux et lugubre. Certaines personnes dans la foule psalmodient egalement les paroles proferees par ce groupe sorti d’une tragedie grecque. Leurs vetements sont macules de la cire des immenses cierges qu’elles tiennent appuyes contre leur epaule gauche, tandis que leur main droite est fermement posee sur l’epaule de la femme qui les precede. Elles aussi avancent et reculent au rythme de la musique qui les talonne, la tete penchee, les yeux mi-clos. Leur groupe pieux, compact et sombre, illumine par ces flammes vacillantes et par le feu qui faiblit, est le dernier de la processione avant la fanfare.

La foule se referme derriere les musiciens, vetus d’un costume de parade sombre, dans un cortege heteroclite : mamans portant de tous petits enfants cagoules ou vetus en ange selon leur sexe, vieilles a fichu, familles a poussette, business man qui baise les pieds de chaque Jesus de la procession, hommes qui marmonnent des prieres, ados sur leur 31. La foule s’egaille aussitot pour se rendre au prochain endroit strategique ou passera la procession.

Du feu, il ne reste que des braises rougeoyantes, tandis que la rumeur funebre reprend au loin.

 

 

 

Processione durant la Settimana Santa, la semaine sainte de Paques, a Sessa d' Aurunca, dans la region de Naples...

PS - Ca y est, on est en Albanie, et c'est vraiment le bonheur d'etre de retour dans les Balkans :)

 

 

 

Posté par tchoolfly à 18:32 - - Commentaires [4] - Permalien [#]



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